Arbres

Cernes : d’abord l’écorce, l’aubier, puis le coeur,
le tronc alors à nu, on peut les dénombrer,
connaître l’âge de l’arbre,
de la souche à l’arbuste,
du vieillard à l’enfant.

Tu parles de l’échancrure des feuilles,
tu ne les distingues plus.
Tu montres en haut le ciel derrière ta main.
Depuis des cernes, ta bouche reste béante.
Profil ouvert, ça t’échappe,
l’air plonge en long râle.

Plus tôt, de côté sur le lit.
Le dos de l’amant hors des draps, tu attends
dans la majesté des contours défaits.
Tu as dit, encore un peu de temps,
donne-moi encore un peu de temps
d’être belle pour lui, et voir l’enfant grand comme toi.
Puis une main tranquille a passé sur ton visage.
Elle passe chaque fois.
Patiente, elle a plissé l’argile à force de journées,
du front vers ton corps nu.

Il y eut des danses, des heures rondes
comme des bouches ouvertes,
des eaux, de femmes, de pomme et de pluie.
Dans chaque rue un ventre plein,
des hommes grimpent les marches.
Tu chuchotes, je suis bien au jour certain.

Tu dis, j’ai le temps, et le petit jour est imbécile.
La bise fraîche comme l’instant nouveau,
le monde indocile et curieux.
Tu te tends vers le haut, tu t’étires par devant,
les racines embarrassent,
le ciel est incertain, mais l’instant possible.

Quand tu dis j’ai le droit de chanter.
Quand tu tapes et sautes.
Tu parles de fusées et de sorcières,
tu rigoles par la fenêtre, des grelots dégringolent.
Tu montres en bas l’herbe touffue sous les orteils,
ces pas à venir.

Illustrations de Matthieu Appriou (telmolindo.net)
Texte de Guylaine Monnier

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