La voyelle de l’absente

Roman 2015/2016 – 145 pages

Un matin, un homme reçoit un tableau chez lui. L’expéditeur n’est pas connu, il n’est question que d’adresse.

Un roman sur le thème de l’image, à travers la photographie mais pas seulement. Le thème du lien, tel qu’il s’entend tissé vers l’autre, y importe tout autant.

 

Série L'absente - Galerie La Lumière des roses, Montreuil.
Série L’absente – Galerie La Lumière des roses, Montreuil.

 

Extrait 1 :

Au-dessus de Pavel, des flip flap secs, le grand tableau d’affichage des départs se met à jour. Les palettes continuent de défiler dans un crépitement incessant, quand il tombe nez à nez avec Colline.

Elle est déçue d’avoir manqué Blanche.

« Tam tam ta dam », la voix annonce le TER pour Nice-Ville, et chasse du dôme quelques étourneaux dans un froufrou d’ailes.

Pavel salue Colline, elle se dirige vers le quai d’un pas rapide, pendant que de longues réverbérations amplifient confusément, chaque éclat de voix, chaque murmure, retenant les voyageurs anonymes quelques instants encore sous l’immensité des ferronneries.

« Colline ! » Elle l’a entendu malgré le tohu-bohu.

Un léger détourné du corps. Une lumière blanche passe le vitrage armé de la verrière, illumine le profil des voûtes, glisse sur les poutres en « I » jusqu’à s’épandre sur Colline, les files de métal en arrière. Pavel reste sans voix. La voie ferrée derrière elle, ses cheveux noirs peignés sur les épaules, Colline à ce moment précis est la jeune femme du tableau. Elle s’entoure ici de couleurs nouvelles, en redistribue la saison, les heures, et les lumières.

À plusieurs mètres d’elle, Pavel étend le bras dans sa direction, les doigts en étoile veulent toucher, mais c’est une main de mime stoppée par une paroi vitrée. Seule l’intimité manque, et les doigts, la main entière, passent au travers. Il n’y a ici aucune toile pour retenir, aucune surface à appuyer, gratter, ou simplement toucher, aucune peinture au bout des doigts, aucunes parties qu’il pourrait cerner du regard, insondables dans leur profondeur, étrangères dans leur étendue.

Son tableau, lui, n’a pas de durée, tout y est visible et présent. L’évidence des choses immédiates. Alors que déjà, la scène de la gare se transforme, mue par la tension de départs et d’arrivées.

Seule Colline n’a pas bougé.

 

 

A défaut d’être à ce jour publié, La voyelle de l’absente a été lu. Voici deux commentaires que j’ai eu la chance de recevoir, et que je me permets de citer ici :

« Beaucoup de choses m’ont plu dans votre livre, une manière de décrire, notamment, précise, aiguë, vos personnages, ce qu’il portent en eux et que vous laissez bien entendre, sans insistance. La construction est particulièrement habile.»

 

Paul Otchakovsky -Laurens, Editions P.O.L.
« J’ai lu le manuscrit de Guylaine Monnier avec intérêt et émotion, d’autant que le sujet et l’écriture habitent rapidement le lecteur (« l’absente » m’a été très présente, ces derniers jours). Je ne sais pas bien quoi dire d’autre. Cela me semble évidemment tout à fait publiable (mais beaucoup de textes que je trouve publiables ne sont pas publiés alors que beaucoup que je trouve impubliables le sont).»

 

Mathieu Lindon, écrivain.
Nuage de mots La voyelle de l'absente
Crédit Photographique sur la page d’accueil : Cindy Sherman – Untitled #66, 1980

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