Cinq Cernes

Incipit

Cernes : d’abord l’écorce, l’aubier, puis le coeur,
le tronc alors à nu, on peut les dénombrer,
connaître l’âge de l’arbre,
de la souche à l’arbuste,
du vieillard à l’enfant.

Arbre1

Tu parles de l’échancrure des feuilles,
tu ne les distingues plus.
Tu montres en haut le ciel derrière ta main.
Depuis des cernes, ta bouche reste béante.
Profil ouvert, ça t’échappe,
l’air plonge en long râle.

Arbre2

Plus tôt, de côté sur le lit.
Le dos de l’amant hors des draps, tu attends
dans la majesté des contours défaits.
Tu as dit, encore un peu de temps,
donne-moi encore un peu de temps
d’être belle pour lui, et voir l’enfant grand comme toi.
Puis une main tranquille a passé sur ton visage.
Elle passe chaque fois.
Patiente, elle a plissé l’argile à force de journées,
du front vers ton corps nu.

Arbre3

Il y eut des danses, des heures rondes
comme des bouches ouvertes,
des eaux, de femmes, de pomme et de pluie.
Dans chaque rue un ventre plein,
des hommes grimpent les marches.
Tu chuchotes, je suis bien au jour certain.

Arbre4

Tu dis, j’ai le temps, et le petit jour est imbécile.
La bise fraîche comme l’instant nouveau,
le monde indocile et curieux.
Tu te tends vers le haut, tu t’étires par devant,
les racines embarrassent,
le ciel est incertain, mais l’instant possible.

Arbre5

Quand tu dis j’ai le droit de chanter.
Quand tu tapes et sautes.
Tu parles de fusées et de sorcières,
tu rigoles par la fenêtre, des grelots dégringolent.
Tu montres en bas l’herbe touffue sous les orteils,
ces pas à venir.

Incipit- Copie

Illustrations de Matthieu Appriou (telmolindo.net)
Texte de Guylaine Monnier

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Le texte seul du poème “Cinq cernes”est paru aux Éditions Folazil – Recueil collectif, sept. 2020 “Hêtre-chair” – ISBN 978-2-492057-00-7
 

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